Manchester Utd : anatomie d’une chute

Depuis le départ de Sir Alex Ferguson en 2013, Manchester United est à la dérive. Mené par une direction désastreuse, incompétente et avide de profit, ce mastodonte d’Angleterre est depuis bien trop longtemps embourbé dans la médiocrité. Entre mercatos ratés et succession de coachs, les saisons passent et se ressemblent pour les Red Devils. Lundi 5 janvier, Ruben Amorim a été limogé à la suite des mauvais résultats mancuniens et notamment pour avoir critiqué sa direction ; il est désormais le 10e coach écarté depuis la légende écossaise.

Manchester United a dominé de la tête et des épaules l’Angleterre entre 1990 et 2013. L’équipe, coachée par Sir Alex Ferguson, a tout raflé sur son passage, remportant durant cette période 13 Premier League et 2 Ligues des champions, sans oublier les coupes (5 FA Cup, 4 League Cup, 11 Community Shield). À l’inverse d’aujourd’hui, les Red Devils avaient une véritable identité incarnée par leur capitaine Roy Keane. Une mentalité de tueur poussée à l’extrême, commençant dès l’entraînement pendant la semaine et qui se transposait en match le week-end. L’amour du maillot était omniprésent et le club impressionnait par son identité de vainqueur. Le Manchester United de Ferguson figure parmi l’une des équipes les plus dominantes d’Angleterre de l’histoire sur une période aussi longue. Mais depuis son départ à la retraite, le club n’est plus que l’ombre de lui-même. Cela fait désormais 13 ans que Manchester United n’a plus gagné la Premier League, une éternité pour un club d’une telle stature. Pourtant, il n’y a rien d’anodin à cette mauvaise passe : le club déraille à tous les étages, de la direction en passant par le coach et les choix de joueurs, plus rien ne va.

Sir Alex Ferguson posant fièrement avec son dernier titre de Premier League en 2013, le sentiment du devoir accompli
Photo : © Goal.com

Une direction désastreuse :

En 2003, Malcolm Glazer s’offre 2,9 % des parts de Man Utd pour 11 M€, puis 15 % des parts totales du club huit mois plus tard. Un mouvement financier qui paraît anodin à l’époque. Pourtant, le milliardaire américain va faire de Manchester United un de ses investissements prioritaires. C’est finalement durant l’année 2005 que la famille Glazer décide de passer la vitesse supérieure : elle rachète une grande partie des parts en mai et devient actionnaire majoritaire avec 57 %, avant de parachever le contrôle total sur le club le 29 juin avec, en leur possession, 98 % des parts. Rien d’alarmant lors des huit premières années sous la direction des nouveaux propriétaires américains, au contraire même. Le club est toujours le plus grand d’Angleterre, remporte la Premier League cinq fois et participe à trois finales de Ligue des champions (une remportée en 2008). La raison ? Sir Alex Ferguson. Le manager écossais fait fi des différends qui l’opposent aux dirigeants et continue de faire tourner son équipe à plein régime. D’autant qu’il s’occupe également des cibles du marché des transferts et réussit à flairer les bons coups. Il fait venir Vidic, qui deviendra par deux fois « meilleur joueur de Premier League », Carrick, pilier de l’équilibre voulu par Ferguson; Nani, Tevez ou encore De Gea sur ces huit années.

La famille américaine Glazer, sourire aux lèvres grâce au profit généré par le club
Photo : © Eurosport

C’est à son départ que l’on va réellement comprendre qu’il tenait sportivement le club à bout de bras. Pour ce qui est du bilan comptable, rien à redire. S’il y a bien un domaine où les dirigeants américains savent faire, c’est celui-ci. Les Glazers placent des experts du marketing qui font exploser la valeur du club en bâtissant un modèle économique pérenne. Ils développent l’image du club à l’international en multipliant les tournées à l’étranger dans les années 2000. Une stratégie qui fonctionne à merveille, d’autant plus qu’ils profitent de joueurs bankables comme Beckham, Ronaldo ou même Ji-Sung Park, particulièrement connu dans son pays, la Corée du Sud. La situation économique de Manchester United depuis 20 ans est excellente : elle n’a pour ainsi dire jamais cessé de croître malgré les résultats médiocres de l’équipe. Avec l’image développée à l’international et les succès glanés grâce à Ferguson, le club a su négocier des contrats lucratifs avec Chevrolet et Adidas qui leur ont rapporté des millions. Le tout accompagné d’une augmentation constante du prix des billets à Old Trafford, sans pour autant le rénover. Une situation économique qui permet à la famille Glazer de grassement se verser des dividendes, eux qui n’ont pour ainsi dire aucune raison de vendre le club tant celui-ci leur rapporte.

Si la partie financière est impeccable, le sportif, quant à lui, est exécrable. Cela fait désormais 13 ans que Manchester United n’a plus remporté de trophée majeur, à l’exception d’une Ligue Europa en 2017, un bien maigre lot de consolation pour les fans. L’une des raisons principales à cela a été le départ de Ferguson à l’été 2013, tant sur le banc que derrière les bureaux. À son départ, les Glazers ont décidé, dans un objectif financier, de mettre Ed Woodward à la tête de la direction générale du club. Le problème ? Il ne connaît strictement rien au football, puisque c’est un brillant banquier d’investissement et expert en marketing. Des compétences qui ne vont pas lui être d’un grand secours pour recruter sur le marché des transferts. Il va se tromper à de nombreuses reprises, lâchant des sommes monumentales pour des joueurs moyens, à peine dignes de jouer en réserve à la grande époque de Ferguson. C’est par exemple lui qui va faire venir Fellaini (32,4 M€), Fred (59 M€), Herrera (36 M€), Martial (60 M€), Lukaku (84,7 M€) ou encore l’inoubliable Maguire (87 M€). Au-delà des noms, qui sont pour certains plus que moyens, ce sont surtout les sommes dépensées pour les obtenir qui choquent. Des investissements qui, pour la plupart, partent à la poubelle quand on sait que Manchester United est désormais expert dans la dévalorisation de ses joueurs. Systématiquement, le club se retrouve obligé de brader ses indésirables après plusieurs saisons et ne fait jamais de plus-value.

Paul Pogba lors de sa présentation aux fans après son transfert record de 105 M€ à l’été 2016
Photo : © Foot.FR

Le meilleur exemple de toute cette stratégie marketing mise en place depuis 20 ans est Paul Pogba. À l’été 2016, l’international français sort d’une saison et d’un Euro réussis sur le plan personnel, lui qui s’est imposé comme un taulier en club à la Juventus comme en sélection. Woodward, en manque cruel de star, saute sur l’occasion et débourse 105 M€, faisant à l’époque du natif de Lagny-sur-Marne le transfert le plus cher de l’histoire. Un transfert qui fait l’effet d’une bombe tant il semblait improbable. L’ancien de la maison revient aux sources après avoir quitté Manchester United en 2012 en raison du manque de temps de jeu. Paul Pogba brille sur et en dehors des terrains, une dimension qui est chère à l’exécutif mancunien, qui va bâtir sa communication autour de sa superstar. Avec une telle tête d’affiche, les contrats sportifs et financiers affluent, tant Pogba rapporte, qu’importe son niveau sur le terrain. Le milieu de terrain français commence bien sa deuxième aventure chez les Red Devils, mais les blessures et les méformes le rattrapent rapidement. Très vite, il devient le centre des débats et les anciennes gloires du club comme Roy Keane s’en prennent à lui, à tort ou à raison. Lentement, il devient le bouc émissaire et tous les maux du club lui sont imputés. Forcément, il a eu toutes les peines du monde à revenir à son meilleur niveau avec un environnement aussi malsain. Mais si l’on passe outre l’échec sportif du transfert de Paul Pogba, c’est un véritable succès financier. Bien sûr, il aura coûté 105 M€ à l’achat, mais il aura rapporté davantage grâce à la vente de maillots et à son image, qui auront permis de négocier d’importants contrats financiers. Pogba aura fait vendre, et c’est bien tout ce qui compte pour les Glazers.

Au bout de huit ans de mauvais et loyaux services, l’exécutif décide de se séparer de Woodward en 2021. La famille Glazer cède également 25 % de ses parts à Ineos pour 1,6 milliard d’euros. L’impact souhaité par les supporters lors de la venue d’Ineos n’a pas eu lieu et les promesses faites par leur patron Jim Ratcliffe n’ont pas réellement été tenues. Ils sont au contraire plutôt frileux lorsqu’il s’agit d’investir et préfèrent s’appuyer sur les revenus générés par le club. Il aura fallu attendre mars 2025 pour voir la première initiative d’Ineos, qui a annoncé la création d’un nouveau stade de 100 000 places, situé à proximité immédiate d’Old Trafford, où le club évolue depuis 1910. Même si Ineos tend à prendre plus de place au sein du club, ce sont toujours les Glazers qui restent les ultimes décisionnaires

La valse des managers :

On ne compte plus le nombre d’entraîneurs qui se sont succédé les uns après les autres depuis la retraite de Sir Alex Ferguson en 2013. Manchester United a connu pas moins de 7 coachs différents depuis, sans compter les intérims, notamment celui de Ryan Giggs qui, en l’espace de 4 matchs, a eu la casquette de joueur… et de coach. Une situation totalement inconcevable pour une équipe de la stature de Manchester United ; des circonstances qui ressemblent plus à un scénario d’un club amateur qu’à l’un des plus prestigieux d’Angleterre. Une situation digne d’un autre temps qui montre une fois de plus un manque criant de professionnalisme.

Hormis cela, une chose semble claire : le poids que représente le siège laissé par la légende écossaise pèse lourd. Il l’était beaucoup trop pour son successeur, David Moyes, qui était pourtant le choix de Ferguson. Par volonté de donner sa chance à un Anglais, les Mancuniens ont décidé de l’embaucher, une erreur de parcours pourrait-on croire. Ce ne fut pas mieux pour Louis Van Gaal, bien trop psychorigide pour s’adapter à un groupe rempli de jeunes talents. Le tacticien ne leur a donné ni temps de jeu, ni confiance pour progresser. Résultat des courses lors de son licenciement en mai 2016 : Manchester United a perdu ses lettres de noblesse. Il ne compte plus parmi les prétendants au titre en Angleterre et la Ligue des champions est devenue une chimère.

José Mourinho et Anthony Martial en pleine discussion tactique
Photo : © Onze Mondial

Lorsque Mourinho débarque, les attentes sont alors très hautes. Et sa première saison est une réussite : il ramène le club vers les sommets avec un Community Shield contre Leicester ainsi qu’une Ligue Europa glanée face à l’Ajax (2-0). Cependant, il faut attendre 2017-2018 pour revoir le club être compétitif en Premier League. L’équipe se montre régulière et s’assure une solide deuxième place, loin derrière son rival Manchester City qui, cette année-là, remporte le trophée avec 100 points, un record. Malheureusement pour les fans, la magie n’opère plus la saison d’après et Mourinho se fait limoger juste avant le Boxing Day à la suite d’une défaite 3-1 face à Liverpool, leur ennemi ultime. C’est en effet une constante depuis 10 ans avec le coach portugais, qui a de plus en plus de mal à faire performer ses joueurs sur plusieurs années consécutives.

Les attentes autour du nouvel intérim sont très faibles, pourtant Ole Gunnar Solskjær va choquer tout son monde. L’ancienne légende norvégienne du club remet l’équipe sur pied, axant le projet autour de Paul Pogba, qui transforme le visage de l’équipe lorsqu’il est sur le terrain. Manchester United enchaîne les bonnes performances et compte un bilan de 10 victoires et 2 nuls sur les 12 premiers matchs du tacticien sur le banc. Il est logiquement prolongé à l’issue de la saison 2019-2020. Il réussit même à confirmer en se qualifiant en Ligue des champions les deux années suivantes, sans pour autant y briller. Malheureusement pour lui, le rêve va tourner au cauchemar et Manchester United retombe dans ses travers. Les Mancuniens retombent dans l’anonymat après ce sursaut d’orgueil et le Norvégien finit par se faire licencier le 21 novembre 2021.

Bruno Fernandes et Erik ten Hag s’affichant avec la FA Cup 2024, le seul trophée glané par le coach néerlandais
Photo : © Le Parisien

Erik ten Hag reprend les rênes de l’équipe à l’été 2022 à la suite de l’intérim plus qu’oubliable de l’inventeur du « gegenpressing », Ralf Rangnick. Le Néerlandais arrive avec l’étiquette du coach moderne qui a su développer ses jeunes pépites du côté de l’Ajax d’Amsterdam. Tout le monde se souvient de son Ajax de 2019, qui avait choqué l’Europe tout entière. Mais son Manchester United ne va terroriser que les équipes de Championship, et encore… Absolument aucune de ses décisions ne va s’avérer payante. Tous les fans des Red Devils s’accordent à dire qu’entre le choix des joueurs, le système et les transferts, son passage est reconnu comme l’un des pires, si ce n’est le pire qu’ait connu le club. En témoigne sa gestion désastreuse de la légende Cristiano Ronaldo. Demander plus d’efforts défensifs est une chose, mais le mettre sur la touche en le pointant du doigt comme étant « le problème » de Manchester United en est une autre. Le tout alors qu’il portait l’équipe offensivement. Un poids que Rashford va avoir bien du mal à porter par la suite.

Comme Manchester United gère à merveille sa gestion des coachs, ils décident de ne pas le remercier à l’été 2024 afin d’être bien sûr qu’il ne soit pas le coach qu’il faut à l’équipe et attend l’automne de cette même année. Forcément, quand Amorim débarque, il ne peut pas disposer des joueurs qu’il souhaite et doit composer avec ceux de Ten Hag. Ce qui devait arriver arriva : avec un nouveau dispositif à 3 défenseurs, des joueurs inadaptés et un système complètement différent, Man Utd termine 17e de Premier League. Un résultat intolérable malgré les difficultés d’adaptation pour le coach et les joueurs. Même lorsqu’on pense qu’ils vont gagner un titre majeur en finale de Ligue Europa, ils réussissent à décevoir en perdant face au loser ultime qu’est Tottenham. Mais les dirigeants, de manière logique, lui laissent le temps : un été pour vraiment bâtir son équipe et lui laisser sa chance. Au bout du compte, ils mettent fin à cette mascarade et virent le Portugais en ce début d’année 2026. Le Portugais s’en va avec l’étiquette du coach ayant eu le taux de victoire le plus faible de l’histoire de Manchester United en Premier League avec seulement 38 %. Au total, il aura coûté pas moins de 27 M£ au club pour, au final, capitaliser sur rien. Un coup d’épée dans l’eau, un de plus…

Ruben Amorim dépité par les mauvais résultats de son équipe
Photo : © Eurosport

Des mercatos ratés :

Si le marché des transferts était autrefois une source de succès durant le règne de Ferguson, avec notamment Ronaldo, Rooney, Van Nistelrooy, Vidic ou bien Schmeichel, il ne l’est plus vraiment. Il y a eu peu de réussite sur ce plan malgré la puissance économique colossale du club du nord de l’Angleterre, qui dépense chaque été des centaines de millions d’euros. De telle façon que les flops se sont enchaînés ces 10 dernières années sous les couleurs mancuniennes. On peut citer parmi ceux-là Alexis Sanchez, Onana, Højlund ou encore Antony, qui a coûté la modique somme de 100 M€. Le modèle est régulièrement le même : Manchester United cherche à se renforcer rapidement à chaque mercato et dépense des sommes astronomiques sur des joueurs sans expérience et attend un retour sur investissement dès les premiers matchs de la saison.

Il y a clairement eu des erreurs de casting, comme cela arrive dans n’importe quel club. On peut penser à Alexis Sanchez, Casemiro, Varane, qui sont arrivés au club au moment de leur déclin et qui ont été incapables d’apporter leurs qualités respectives. Mais ce n’est qu’une petite partie des échecs mancuniens sur le mercato. Le principal problème réside dans l’échec à développer les jeunes talents. Les dirigeants pensent qu’il suffit d’aligner les chèques sur des jeunes pépites pour que cela fonctionne. Sauf que ça ne marche pas comme cela : il faut une structure, un plan de jeu établi, une direction. De plus, la pression du transfert est régulièrement trop forte pour la plupart des joueurs, d’autant plus qu’on attend d’eux qu’ils relèvent le club alors que certains ont seulement la vingtaine. Ajoutons à cela l’absence de continuité et la pression de jouer à Manchester United et on obtient un cocktail parfait pour cultiver un ADN de la défaite.

Alexis Sanchez, symbole des différents flop mancunien de ces dernières années
Photo : © Sky Sports

Vient également s’ajouter l’absence de continuité entre les différents coachs, qui a une influence néfaste sur les joueurs. On observe un cycle constant où chaque manager arrive, met de côté les joueurs qui étaient désirés par l’ancien coach, pour en acheter de nouveaux. Pour, au final, se faire virer et recommencer éternellement ce cycle. Le cas de Joshua Zirkzee est aujourd’hui le parfait exemple de cette gestion désastreuse. Désiré à l’époque par Ten Hag, il est désormais au bout du banc car il ne rentrait pas dans les plans de jeu d’Amorim. Même son de cloche pour Højlund, qui a, lui, été poussé vers la sortie en direction de Naples. Et ce schéma est commun à Manchester, qui n’arrive pas à trouver de stabilité entre tous ces managers, mettant régulièrement ses joueurs dans l’inconfort.

Manchester United végète aujourd’hui, perdu à la 7e place en Premier League, est éliminé des deux coupes nationales et n’a aucune compétition européenne à jouer. Un triste bilan pour ce géant endormi d’Angleterre. Darren Fletcher, ancien de la maison, est actuellement le coach intérimaire en attendant de connaître son successeur, qui sera annoncé en juin à l’issue de la saison. À voir si le retour potentiel de Michael Carrick en tant qu’intérim s’opérera dans les prochains jours, mais la mission qu’aura le prochain manager sera, comme toujours, très lourde à porter tant le poids de coacher Manchester United est immense.

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